Pourquoi le chat n’aime-t-il pas l’eau ?

Quel que soit le moment de la journée où vous regardez votre chat, vous le surprenez très souvent en train de se lécher les pattes, la queue, et même le bout du nez, en se servant de leur patte déjà léchée… Ce n’est un secret pour personne : les chats adorent faire leur toilette. Et pourtant, croit-on également savoir, ils détestent l’eau ! Comment peut-on autant aimer se laver et avoir si peu de goût pour les douches et les bains ? En réalité, on n’en sait scientifiquement pas grand-chose. Mais on peut essayer de le deviner, en se glissant dans la peau de nos amis félins !

- Quelques tentatives d’explication

Même s’il n’existe aucune explication réellement scientifique aux mauvais rapports qu’entretiennent les chats avec l’eau – ou plutôt au contact de l’eau sur leur corps, car il est bien entendu que les chats s’hydratent volontiers, comme n’importe quel être vivant – on peut énumérer au moins 6 bonnes raisons de fuir l’eau comme la peste aux yeux de nos amis félins.

Une question de race

L’origine et la race des chats pourraient être pour beaucoup dans leur phobie de l’eau. En effet, lorsqu’on essaie de déchiffrer le comportement des chats face à l’eau, on invoque souvent des raisons historiques : les premiers chats étant apparus au Moyen-Orient – une terre sèche et aride – l’eau serait pour eux un élément insolite, auquel ils ne seraient pas armés génétiquement pour s’accoutumer. Cependant, à cela, on peut objecter qu’en Égypte ancienne déjà, les chats dont s’entouraient les nobles pharaons devaient tout de même être habitués à la proximité du Nil…

Le fait est que, parmi les races de chats réputées pour aimer l’eau, on retrouve l’Abyssin, un chat d’origine nord-africaine déjà connu pendant l’Antiquité. De même, le Mau Égyptien, l’une des races les plus anciennes, ne présente apparemment aucune allergie connue à l’eau. On le surprendra même en train de passer spontanément ses pattes sous le jet du robinet, peut-être en souvenir d’une vie antérieure où le soleil du désert tapait tellement fort que tous les moyens étaient bons pour se rafraîchir ! Par conséquent, contrairement à une idée communément répandue, il semblerait plutôt que ce soient les chats qui ont le plus souffert de la sécheresse autrefois, qui aujourd’hui tolèrent le mieux le contact avec l’eau. En effet, c’est également le cas de l’Angora et du Turc de Van, originaires des terres arides de Turquie.

D’autres races de chats, de provenances variées, sont considérées comme aimant l’eau : c’est notamment le cas du Maine Coon. Originaire des États-Unis, comme son nom l’indique, ce chat à poil mi-long provient, raconte-t-on, du croisement entre un chat et un raton laveur. S’il en est bien ainsi, il n’est donc guère étonnant qu’il entretienne de bons rapports avec l’eau, à l’instar de son ancêtre ! (Non seulement les ratons laveurs rincent systématiquement leur nourriture avant de la consommer, mais ils ne rechignent pas non plus à faire trempette). De même, le Bengal, fruit du croisement entre un chat domestique et un chat-léopard – un félin sauvage capable de nager sur des kilomètres – s’avère être le digne héritier de son lointain géniteur. Non seulement il aime l’eau, mais c’est un véritable champion de natation !

Quant au Norvégien et au Sibérien, ces deux races robustes sont originaires de contrées nordiques aux conditions de vie rigoureuses. Si tous leurs représentants aiment l’eau, c’est sans doute, suppose-t-on, parce qu’ils sont naturellement armés pour s’adapter à tous les milieux !

Une question de territoire

Le chat étant un animal profondément lié à son territoire et aux habitudes qui s’y rattachent, ce n’est guère étonnant qu’il n’aime pas l’eau. En effet, on n’a jamais vu de chat qui aurait évolué depuis sa naissance en milieu liquide, comme les castors par exemple… La sensation d’être mouillé est donc inconnue au félin qui n’a jamais été en contact avec l’eau. Or, vous ne serez certainement pas surpris d’apprendre qu’un chat déteste spontanément tout ce qu’il ne connaît pas. Par conséquent, ne vous étonnez pas de sa réaction si vous tentez de le plonger dans une bassine d’eau, pour quoi faire d’ailleurs ? Pour le laver ? Quelle idée… vous répondrait-il, indigné, s’il savait parler. Il se débrouille très bien tout seul !

Une question d’odeur

Extrêmement sensible aux odeurs, le chat peut très bien être gêné par celle de l’eau dans laquelle vous prétendez l’immerger. Un bain moussant à la lavande, très peu pour lui, merci. De même, l’eau chlorée de la piscine va certainement le rebuter, avant tout pour une question olfactive. Pas besoin d’avoir du flair et d’être un chat pour être incommodé par l’odeur des produits chimiques ! En ce qui vous concerne, bien sûr, vous gardez tout de même l’envie de piquer une tête dans la piscine. Votre chat, lui, s’en gardera bien ! De même, l’eau du robinet peut dégager une odeur qui le déroute ou le dégoûte, le dissuadant ainsi d’entrer en contact avec elle.

C’est que, en se léchant, le chat remplit sa fourrure de phéromones, des particules odorantes qui constituent la carte d’identité olfactive de l’animal. Autant dire que le passage du gant de toilette bouleverserait en un clin d’œil cette belle ordonnance, tout en gratifiant le chat de parfums inconnus et, forcément, désagréables pour lui. Et perturbants. Un peu comme si vous le forciez à rentrer dans la peau d’un autre – d’un humain, par exemple ! Imprégner un chat d’odeurs qui lui sont étrangères est ainsi le meilleur moyen de stresser l’animal, en le privant de ses repères fondamentaux.

Une question de traumatisme

Dans notre entourage, nous connaissons tous quelqu’un qui a été poussé dans la piscine étant enfant, par un maître-nageur impatient et surtout maladroit. Maladroit, parce que forcer à plonger quelqu’un qui n’en a pas l’intention est le meilleur moyen de lui en faire passer l’envie à tout jamais. D’ailleurs, ce quelqu’un en question n’a certainement jamais pu apprendre à nager par la suite, et aujourd’hui encore, il préfère la montagne à la mer. Pour le chat, c’est exactement la même chose. Une chute accidentelle dans un plan d’eau ou un bain forcé a pu le traumatiser à jamais, rendant vains vos efforts pour l’habituer à l’eau.

Une question d’agilité

Si vous avez les cheveux longs ou particulièrement épais, vous avez sans doute remarqué que, lorsqu’ils sont mouillés, ils sont beaucoup plus lourds à porter. Eh bien, il en est de même pour la fourrure des chats. Laquelle, contrairement à votre crinière, ne se concentre pas sur une seule partie du corps, mais est répartie sur son ensemble : le dos, les pattes, le cou… Un chat mouillé perd donc considérablement en liberté de mouvement. Et il déteste ça. Imaginez qu’un ennemi fonde sur lui, il ne pourrait pas s’enfuir aussi vite que d’habitude pour lui échapper ! Ici, c’est l’instinct de préservation du chat qui parle pour lui : s’il redoute tant l’eau, c’est surtout parce qu’elle le prive d’un atout essentiel à sa survie, l’agilité.

Une question de confort

On accuse souvent les chats d’être frileux, mais ce n’est pas forcément vrai. Un chat errant ou très indépendant, qui passe les trois quarts de son temps dehors, s’habituera vite à résister à tous les climats. Certes, il évitera de sortir à découvert pendant une averse, mais n’en fera pas un drame s’il est mouillé. En revanche, ne vous étonnez pas de voir votre chat domestique, rompu au confort douillet de votre intérieur, faire son possible pour rester bien au chaud… et au sec. Il est naturel qu’un chat qui préfère le confort du foyer aux expéditions dans la campagne soit intolérant à la moindre goutte d’eau : il n’y est pas habitué.

Mais ce n’est pas tout. Si le chat sauvage ou domestique redoute d’avoir froid au contact de l’eau, c’est aussi pour une raison physiologique. En effet, le chat doit son équilibre thermique à la fine couche de sébum qui recouvre ses poils. Or, s’ils sont trempé, cette protection naturelle va forcément être compromise et l’animal risque réellement de prendre froid, sans compter qu’il aura des difficultés pour rééquilibrer sa température interne. Vous comprenez maintenant pourquoi les chats s’efforcent instinctivement d’éviter d’être arrosés… Bien sûr que non, ce n’est pas parce qu’ils sont de petites natures !

- Comment habituer un chat à l’eau ?

Vous y tenez absolument ? Ne serait-ce que le temps d’un bon bain, lorsque la nécessité s’impose ? Vous pouvez toujours essayer… à conditions de suivre quelques règles.

Commencez dès son plus jeune âge

Si vous avez l’intention d’habituer votre chat à l’eau, mieux vaut commencer le plus tôt possible. En effet, avec un chat déjà âgé, il vous sera pratiquement impossible d’obtenir des résultats. Vous avez remarqué que votre chaton est fasciné par les jeux de reflets et de lumières dans l’eau, même s’il ne va pas jusqu’à s’y plonger ? Logique : ce n’est pas l’eau à proprement parler que le chat déteste, c’est son contact ! Commencez par l’asperger très délicatement de petites gouttelettes. Sans doute sera-t-il surpris, mais acquerra-t-il de plus en plus d’audace et se hasardera-t-il de lui-même, la prochaine fois, à se mouiller le bout des pattes !

Par la suite, vous pouvez humidifier un gant de toilette et le passer doucement sur le pelage du chaton. Avec un peu de chance, l’opération lui rappellera la sensation de la langue râpeuse de sa mère glissant sur lui alors qu’il n’était qu’un bébé. En effet, à l’origine, la toilette maternelle est reçue comme une caresse par le jeune chat. Ne mouillez pas trop le gant afin d’entretenir l’illusion et de créer un climat de confiance avec votre minet.

Ensuite, tout dépend de la race du chat, mais aussi de son caractère. Comme on le disait plus haut, un chat européen habitué à ses aises risque de détester toute sa vie avoir le poil mouillé. Une règle d’or : ne forcez pas la nature de votre chat. En insistant, vous risqueriez de le brouiller définitivement avec l’eau et même de le priver à jamais du plaisir de jouer avec les gouttes. Ce serait tout de même dommage !

Utilisez des mesures adaptées

Si vraiment vous vous voyez face à l’obligation de laver votre chat, malgré les réticences de l’animal à se laisser plonger dans la baignoire, prenez certaines mesures destinées à la fois à rassurer minet et à vous faciliter la tâche :

  • placez un tapis anti-dérapant dans la baignoire. En effet, le réflexe du chat lorsque vous l’aurez immergé va être de sortir ses griffes afin de pouvoir escalader la paroi et de s’échapper. Et découvrir qu’il ne fait que glisser contre le fond de la baignoire ne va faire que renforcer son stress, voire sa panique.
  • Ne remplissez pas la baignoire en sa présence, le bruit de l’eau en cascade risque de l’alerter et de le faire fuir. Contentez-vous de 2 ou 3 centimètres d’eau tiède (pas plus de 37 degrés, comme pour un bébé).
  • Utilisez une mousse lavante ou un shampoing pour chats, jamais vos propres produits dont le parfum, on l’a dit, serait incommodant pour les narines délicates de minet… et peut-être même irritant pour sa peau.
  • Pour créer une ambiance zen et rassurer l’animal, branchez un diffuseur de phéromones dans la salle de bain un peu avant le début des festivités. Effet apaisant garanti !
  • Enfilez une paire de gants (gare aux griffures) et plongez le chat dans la baignoire. Maintenez-le d’une main et lavez-le de l’autre. Évitez d’envoyer de l’eau dans ses yeux ou ses oreilles. Tâchez d’être rapide et efficace. Faites-vous aider si nécessaire ! Si le chat est très récalcitrant, quatre mains ne seront pas de trop…
  • À la sortie, enveloppez l’animal dans une grosse serviette éponge. Il est probable qu’il voudra rapidement vous fausser compagnie mais, si vous le pouvez, séchez-le à l’aide d’un sèche-cheveux réglé à température moyenne, en conservant une distance d’au moins 3 centimètres. Il est en effet impératif que le chat ne reste pas mouillé trop longtemps, afin que le film de sébum de son pelage se reconstitue rapidement, l’aidant à retrouver son équilibre thermique.
  • Ne vous étonnez pas si vous le retrouvez ensuite bien à l’abri dans un coin du radiateur, occupé à se lécher copieusement pour reprendre possession de lui-même ! Surtout, laissez-le faire. Parlez-lui doucement mais sans essayer de le caresser et laissez-lui le temps dont il a besoin pour sortir de son refuge.

Et si vraiment votre chat est réfractaire à toute toilette dont il ne serait pas l’auteur direct, comment faire s’il s’est roulé dans la boue ou sent vraiment très mauvais ? Heureusement, il existe une solution de dernier recours : le shampoing sec pour chat. Vous n’aurez qu’à le pulvériser sur le poil du matou, que vous brosserez ensuite vigoureusement. Sous forme de mousse ou de poudre, le shampoing associé au brossage élimine efficacement les saletés accrochées au pelage, ainsi que les mauvaises odeurs.

Mais ce n’est pas tout : le shampoing sec pour chats est également la preuve flagrante que ce n’est pas tant l’eau que nos félins n’aiment pas, que le fait qu’on se mêle de leur toilette. Certes, il est plus facile de leur pulvériser un produit à distance que de les plonger dans une baignoire s’ils détestent l’eau. Toutefois, ils ne seront pas plus ravis de se retrouver avec les poils pleins de mousse et risquent de sortir les griffes lorsque vous oserez vous approcher, la brosse en main.

La raison en est simple, et elle explique tout : l’hygiène des chats, c’est leur affaire privée. Les asperger avec vos produits à vous (qu’ils soient mélangés ou non à de l’eau), cela revient à les envahir sur leur propre territoire, à gommer cette odeur intime qui est la leur (même s’ils sont les seuls à la sentir : l’odeur que vous traquez, vous, n’a rien à voir avec les phéromones félins !) C’est pourquoi les chats considèrent bien souvent l’eau comme une menace et le bain comme une agression. Et risquent de vous en vouloir un petit moment si vous les obligez à en prendre un. Tenez-vous le pour dit…

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